La science derrière ma méthode : prédire la performance en course à pied

Avant de concevoir des plans d’entraînement, j’ai travaillé sur une question simple : peut-on prédire ce qu’un coureur est capable de faire sur n’importe quelle distance ? Cette recherche, menée au laboratoire conjoint MIT-CNRS pendant que je m’entraînais à Boston, a donné lieu à deux publications dans des revues scientifiques à comité de lecture.

Publication 1 : un modèle de performance (2018)

Mulligan M., Adam G., Emig T. (2018). « A minimal power model for human running performance ». PLOS One.
DOI : 10.1371/journal.pone.0206645

  • Matthew Mulligan – Claremont McKenna College (États-Unis)
  • Guillaume Adam – Massachusetts Institute of Technology, laboratoire conjoint MIT-CNRS (UMI 3466)
  • Thorsten Emig – MIT et Laboratoire de Physique Théorique et Modèles Statistiques, CNRS, Université Paris-Saclay

Ce que montre le modèle

Le modèle décrit la puissance métabolique qu’un coureur peut produire selon la durée de l’effort. Il retrouve, à partir de principes physiologiques, la relation observée entre la vitesse des records du monde et la durée des courses.

Avec seulement quatre paramètres propres à chaque coureur, il prédit les performances du 800 m au marathon avec une erreur moyenne inférieure à 1 % sur les records étudiés.

Publication 2 : l’évolution des records du monde (2024)

Emig T., Adam G. (2024). « Evolution of world running record performances for men and women: physiological characteristics ». Frontiers in Physiology, 15, 1372092.
DOI : 10.3389/fphys.2024.1372092

Nous avons appliqué ce modèle à plus d’un siècle de records du monde : ceux des hommes depuis 1918 et ceux des femmes depuis 1984. Il les décrit avec un écart typique inférieur à ±0,5 % chez les hommes et à ±2 % chez les femmes.

  • La vitesse maximale aérobie des recordmen a progressé de façon linéaire, puis plafonne depuis les années 2000 chez les hommes.
  • L’endurance sur longue distance s’est nettement améliorée au cours des dernières décennies.
  • Ces évolutions coïncident avec les progrès des méthodes d’entraînement, les innovations techniques (pistes synthétiques, chaussures à plaque carbone, lièvres et meneurs d’allure), des facteurs sociaux (professionnalisation, participation des coureurs africains), ainsi que le dopage et les progrès de sa détection.

Pour toi, la leçon est claire : aujourd’hui, les gains se font surtout sur l’endurance, c’est-à-dire la capacité à tenir une fraction élevée de ta vitesse maximale longtemps. C’est ce que vise l’entraînement.

Ce que ça change pour toi

  • Prédire un chrono réaliste sur 10 km, semi ou marathon à partir de tes courses récentes.
  • Fixer des allures justes pour chaque séance, au lieu de pourcentages de VMA génériques.
  • Mesurer ta progression d’une course à l’autre, sur une base cohérente.

Exemple : ma propre VMA, estimée avec ce modèle, est de 22,9 km/h.

De la recherche à RunMotion Coach

Ces travaux ont largement influencé les algorithmes que j’ai développés pour RunMotion Coach : prédiction de performance, calcul des allures et adaptation des plans. Je m’entraîne moi-même avec l’application : c’est la meilleure preuve que j’ai confiance dans ces choix.


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